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Ça veut dire quoi atypique? Moi je pense qu’on est tous plus ou moins atypique et ce constat fait mon bonheur à chaque nouvelle rencontre. En fait j’ai toujours été assez attirée par les personnages, les gens colorés, les fortes personnalités. Mais aussi les timides, les passionnés, les sensibles, les mono maniaques, les marginaux. Ils ont tous un univers qui leur est propre et entrent difficilement dans les cases.

Tellement facile d’avoir l’air « anormal ». Avec ma fillette on s’amusait parfois à changer notre démarche ou notre élocution en public pour créer des malaises. Ce n’est vraiment pas la peine d’en faire des masses, on attire les regards inquiets juste en clignant des yeux plus vite. Les humains aiment faire des catégories et découper les choses proprement. Ils aiment aussi les choses qu’ils connaissent déjà, ça rassure. Et ça peut même nous rassurer nous-même de savoir que nous ne sommes pas seuls dans notre catégorie, que d’autres ont le même trouble, la même quête, les mêmes opinions.

Vous avez remarqué que les algorithmes nous présentent de plus en plus de contenu qui nous ressemble? nous présente des idées avec lesquelles nous sommes déjà en accord, des produits qui ressemblent à ceux qu’on consomme déjà. On peut s’en réjouir mais ça referme nos esprits. À force de côtoyer ce qui nous rassure on en vient à penser qu’il n’y a rien d’autre. Pensez à ces politiciens qui sont convaincus qu’ils vont gagner parce que leur entourage proche est tellement positif. Pensez au malaise que vous ressentez quand en vacances, vous traversez un village pauvre pour vous rendre dans un tout inclus entouré de grilles. La claque hein? Même chose si vous ne prenez jamais le métro ou si vous ne fréquentez pas le centre-ville entre 3 et 4 heures du matin. Ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas que ça n’existe pas. Tout existe, le pire comme le meilleur, et ça n’a pas la même définition pour tout le monde. Certaines personnes ne sont pas comme nous, ne pensent pas comme nous, agissent autrement que nous et se sont aussi des gens bien. Et si nous avions eu la vie qu’ils on eut, on serait plus comme eux que comme nous… Différences de cultures, différences physiques, de genres, d’éducation, d’âge, de position sociale, de moyens financiers, de connexions neuronales. Côtoyer les différences est tellement enrichissant. Demande des efforts certes, c’est même un véritable défi parce que ça demande des questionnements et des réajustements constants. Toujours plus facile de tourner le dos ou de fuir quand on sent l’inconfort causé par les différences et les incompréhensions, mais à force de pratiquer, on agrandit notre univers au lieu de le réduire.

On dit que voyager élargit nos horizons, parce que ça nous met dans une disposition d’ouverture. On juge moins en voyage, on s’attend à côtoyer les différences, mais il est possible de recréer cette ouverture tous les jours en explorant et en expérimentant en dehors de nos zones de confort. En ne cessant jamais d’être curieux. Sans toujours rechercher un but. Quand avons-nous cessé de jouer, d’explorer? Les enfants font ça. Nous l’avons tous déjà fait donc. J’ai entendu une métaphore intéressante récemment. Il y a une raison pour laquelle on dit “jouer” du piano. Dans un trajet en voiture, l’objectif est d’arriver à destination mais quand on joue du piano, l’objectif c’est juste de jouer du piano, pas d’arriver à la fin du morceau. Quand on danse : l’objectif, c’est juste de danser. Quand avons-nous appris à vivre différemment? À apprendre pour avoir la note, le diplôme, l’emploi, la bagnole, la maison, le conjoint, les enfants, le chalet et la retraite. And then…

Si c’est ça être « typique », je souhaite au plus grand nombre d’assumer et de faire rayonner avec fierté tout ce qui fait de vous un atypique!