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Temps fous*

Plus d’un an sans écrire d’article et bien décidée à m’y remettre de manière régulière, je profite d’une superbe journée de pluie tropicale pour me lancer.

Pluie tropicale? « Mais t’es où? »

Hé oui, je suis en vacances au soleil! Damned. Alors que rien (ou de trop lointaines nouvelles pensions-nous naïvement) ne laissaient présager que notre voyage serait perturbé, le lendemain de notre arrivée en Guadeloupe, les autorités Canadiennes conseillaient aux Canadiens de ne voyager que si c’était vraiment nécessaire. Le surlendemain ils lançaient un avertissement aux voyageurs : revenez au pays. Avons-nous été inconscients? Oui, probablement. Mais c’est facile à dire à la lumière de tout ce qu’on sait aujourd’hui. L’OMS annonçait que l’épidémie était passée au statut de pandémie pendant notre vol. Bref, ce qui est fait est fait.

On a donc fait ce qu’on a pu pour devancer notre départ. Je vous laisse imaginer l’état du service à la clientèle d’Air-Canada. (bruit de cricket). Tout à fait possible d’acheter un billet tout neuf à fort prix, mais beaucoup moins possible de changer une date de retour. En principe, notre vol de retour devrait être respecté dans 4 jours. Nous devrions donc sagement « faire notre temps » /profiter de nos vacances qui soudainement n’en sont plus /respecter le confinement Français. En principe #cavabienaller. Je dis en principe parce qu’en période de crise, rien n’est plus incertain qu’un principe.

Je me remet donc à ma résolution d’écrire cet article, consciente de ne pas avoir assez de recul sur la situation et régulièrement déconcentrée par la lecture frénétique de mon fil d’actualités et de nombreux messages de proches inquiets.

Tout d’abord je suis franchement étonnée de relire mon dernier article et de constater que plusieurs réflexions s’adaptent parfaitement au contexte ambiant de Coronavirus « …et comme dans le monde actuel, la seule constante est le changement, on est amené à vivre de plus en plus souvent ces périodes de flottement. S’en inquiéter est humain, notre cerveau de sapiens n’est pas à l’aise avec l’incertitude, mais l’inquiétude draine inutilement nos énergies et nous empêche de profiter du climat parfait pour aller explorer et tester de nouvelles pistes qui s’avèrent souvent des tremplins vers nos nouvelles aventures ».

Tentant de passer de la théorie à la pratique et prête à avaler ma propre médecine, je tente de me calmer et profiter à la fois du climat (réel = paradisiaque mais ressenti = chaotique) pour explorer de nouvelles pistes.

Petit exercice d’auto-coaching. Quels sont mes objectifs? Sortir de la peur liée à l’incertitude, me réapproprier un certain pouvoir et me rendre utile. Les circonstances sont ce qu’elles sont. Que puis-je faire? Chercher à qui la faute ou faire une chasse aux sorcières afin de pointer du doigts ceux qui ont choisis d’avoir un comportement que je juge irresponsable n’est d’aucune utilité. Je le sais pour l’avoir testé. J’ai essayé ça quelques jours et ça n’aide en rien à se sentir mieux. Pire, ça nourrit la peur, parce que oui, il y a encore beaucoup d’inconscience alors si on se veut le témoin de comportements débiles il y a une tonne de possibilités de s’alimenter à cette source en ce moment. Que puis-je faire d’autre? Me mettre au service de ma communauté. En ce moment, les gens n’ont pas vraiment besoin de branding, êtes-vous surpris?

Au cours des derniers jours, pendant ma captivité au soleil (ici vous pouvez rire), j’ai été témoin d’une foule d’initiatives aussi créatives qu’intelligentes dans mon entourage et l’entourage de mon entourage. Initiatives venant de personnes qui ne sont pas épargnées du tout par les événements. Des gens qui prennent actions et qui décident de créer de la valeur, peu importe les circonstances. Vous vous reconnaîtrez, je vous admire et vous m’avez servi d’exemple. Comme je suis un peu lente, il a fallu que j’accuse le coup. Je me suis accordée cette permission de traverser une période de confusion. Passage nécessaire afin de réorganiser mes pensées et mes actions alors que la majorité de mes paramètres ont changés.

Pour la petite histoire, nous sommes bien rentrés et avons sécuritairement organisé notre deuxième phase de captivité. Ce matin j’ai repris mes activités, qui je vous l’avoue sont vraiment moins nombreuses qu’à la normale et j’ai fait un coaching. Par Zoom, quarantaine oblige. Cette toute première session depuis mon retour, m’a fait réaliser que cette phase de réajustement (qui sera certainement suivie par plusieurs autres) est vécue par tout le monde en ce moment. Le monde n’a peut-être pas besoin de branding, mais il a certainement besoin de coaching. Je peux donc mettre à contribution mes compétences toutes neuves.

En ce moment, on expérimente à la fois tous ensemble quoique séparément, l’insécurité et la peur de perdre. Ça va peut-être durer plus longtemps qu’on l’imagine. Il y a des gens sur la ligne de front qui sont plus occupés que jamais et on les remercie, mais plusieurs d’entre nous redécouvrons une richesse que nous avions perdu. Le temps. Prenons donc ce temps pour nous questionner sur ce qui fait du sens pour nous, sur nos forces, sur ce qu’on peut offrir au monde. Prenons ce temps pour redéfinir ce que nous pouvons et voulons en faire qui nous fera du bien tous ensemble, même séparément.

* Merci à Daniel Bélanger qui a inspiré le titre de l’article et conçu la trame sonore de ces étranges vacances en temps fous

Calme, douceur et légèreté

Si je fais le bilan de mon année, je peux certainement dire qu’elle a été vécue passionnément. Une impression d’avoir réuni mes compétences, mes talents et mon envie de toujours apprendre, dans une nouvelle façon de contribuer au monde qui m’entoure.Ma rencontre avec mon amie (et coach chez Magellan-Transition) Florence Roisin a donné naissance aux ateliers d’identité personnelle et j’ai adoré concevoir et partager le contenu de mes conférences sur les nouveaux enjeux de l’identité. L’identité m’apparaissait clairement comme la clé maitresse de la confiance en soi, qui nous permet de concevoir notre futur dans un climat d’enthousiasme plutôt qu’un sentiment de peur et d’insécurité.

Je regarde autour de moi et je vois beaucoup de gens qui cherchent leur voie. Mettre au service de ces personnes, mon savoir-faire en branding et transposer mes méthodes de travail à l’humain me paraissaient à la fois, répondre à un besoin réel et être la synthèse de mes passions. De plus, une fois qu’une personne est rassurée sur sa valeur et qu’elle commence à ressentir la puissance que procure l’alignement entre ses valeurs et ce qu’elle projette, elle va naturellement tenter de se positionner ou se repositionner professionnellement vers des activités nourrissantes. En cela aussi je peux l’aider. Voilà, la boucle était bouclée.

J’ai passé tout le printemps et l’été, excitée comme un GIF du vendredi. Toutefois, jouer le jeu de la promo, du réseautage et des réseaux sociaux m’était bien pénible. J’aime partager, mais ça m’embête de me sentir obligée et surtout, quand je vis un truc, je ne pense jamais, jamais à sortir l’appareil photo, à documenter pour communiquer. Je suis une contemplative, mais une bien mauvaise metteure en scène. Et pour remplir des ateliers de manière régulière, il faut avoir plus qu’un bon contenu, les gens sont tellement sollicités…

Puis, comme les saisons qui changent le décor tout doucement (ou violemment si on vit au Québec) voilà que je ressens, à nouveau… que la boucle n’est jamais bouclée et qu’en fait, notre vie est faite de spirales successives. Ressentir à nouveau c’est reconnaître le motif. Une impression de « déjà vu ». L’hiver est là et non seulement j’ai cette sensation d’entrer dans un état d’hibernation, de cocooning et d’incubation, mais l’étrange sentiment que je flotte entre deux… identités.

Une grande différence toutefois, avec mes remises en question précédentes; acceptation totale et parfaite confiance que ce calme prépare une renaissance. De toute façon, je sais déjà que dès le prochain mois, ma vie sera bouleversée par une petite personne toute neuve de laquelle j’apprendrai de nouvelles facettes de mon identité en contribuant à la sienne. En attendant, je « slash ». Je poursuis les mandats de design pour mes clients chouchous/ lectures/ écriture/ podcasts/ cours d’ébénisterie/ formation sur la nutrition/ la CNV/ le zéro déchet/ tests de recettes végétariennes/ entraînement/ méditation et je viens de me mettre à la fabrication de zafu. Désolé pour la nomenclature, mais ça m’aide aussi à tenter de faire des liens (je ne l’écris pas juste pour vous cet article. Hé, hé…) En fait, je profite à fond du fait que l’époque permet d’apprendre tout… TOUT, ce qui nous intéresse. Et quand apparaît un besoin, une curiosité ou une envie, j’ai développé le réflexe du DIY plutôt que celui de la consommation. D’autant que ça nourrit une de mes valeurs les plus profonde ; la légèreté. (profond/léger…!? Yeah!)

On aime bien raconter des histoires pour se prouver et prouver aux autres une certaine cohérence dans notre cheminement personnel ou professionnel. C’est même un peu ce que j’enseigne à mes clients : l’importance du « Story Telling » pour faire impression et pour qu’on se souvienne de vous. Cette dernière année, pour faire le pont entre mes deux passions, j’avais pris l’habitude de dire que l’identité était un excellent moyen de voyager léger (merci Florence de me l’avoir fait réaliser). Je pense encore que c’est le cas. Ça donne une ligne directrice qui nous évite d’être attiré par tout ce qui brille. Ça canalise aussi nos énergies dans certaines directions. Mais je réalise également qu’être entre deux identités n’est pas un drame (d’ailleurs rien n’est moins léger que le drame) et comme dans le monde actuel, la seule constante est le changement, on est amené à vivre de plus en plus souvent ces périodes de flottement. S’en inquiéter est humain, notre cerveau de sapiens n’est pas à l’aise avec l’incertitude. J’espère que ça viendra, j’y travaille. Mais l’inquiétude draine inutilement nos énergies et nous empêche de profiter du climat parfait pour aller explorer et tester de nouvelles pistes qui s’avèrent souvent des tremplins vers nos nouvelles aventures.

Pourquoi toujours chercher à comprendre ce qui nous arrive au lieu de simplement savourer? Le départ fulgurant d’un de mes clients chouchous la semaine dernière a certainement teinté mes réflexions de fin d’année. La vie est à la fois si longue et si courte. J’espère que dans un futur rapproché, l’être humain développera sa confiance et sa fluidité pour s’adapter plus naturellement à son environnement au lieu d’être en lutte et tenter de tout contrôler.Pourquoi ne pas s’inspirer de la nature qui est parfaitement détendue et calme pendant ces mois d’hiver ou tout se prépare à son insu? Tempête? Tempête! Beau temps? Beau temps! De toute façon, peu importe l’état avec lequel vous accueillez tout ça, ça finira toujours par être à peu près 50/50.

Je voudrais bien vous souhaiter « que du bon » mais on sait très bien que la vie, ce n’est pas ça. Alors quoi qu’il vous arrive, que cette année vous apporte calme, douceur et légèreté auprès de ceux que vous aimez.

En finir avec la charge mentale

J’ai eu l’occasion de lire plusieurs articles décrivant l’état de fatigue dans lequel les femmes se retrouveraient à cause de la charge mentale. Plusieurs femmes de mon entourage ou sur les réseaux sociaux ont relayé ces articles en avouant que ça mettait enfin des mots sur ce qu’elles ressentent depuis des années.

C’est un concept intéressant, je n’ai trouvé aucun avis discordant autre que des niaiseries du genre ‘’ anyways les madames ne sont jamais contentes ‘’…sinon des témoignages de femmes se sachant chanceuses d’avoir un conjoint coopératif et proactif.

C’est pourquoi J’ai envie de partager le léger malaise que ça soulève en moi quitte à me faire tirer des roches. Est-ce simplement le disciple de la légèreté qui a du mal avec le concept de surcharge ? Peut-être, mais il y a autre chose. Personnellement, l’ordre et la planification me libèrent l’esprit. C’est une hygiène mentale qui m’est nécessaire, mais je ne peux imposer cette structure aux autres. Il est vrai qu’à partir du moment où on doit vivre en groupe, il faut discuter et établir certaines règles, mais on doit aussi respecter la nature de chacun.

 Je reconnais qu’il faut encore revendiquer le partage des tâches familiales et que c’est inconcevable qu’elles incombent spontanément aux femmes, mais on ne peut pas reprocher à quelqu’un de ne pas voir ce qu’il ne voit pas, de s’en faire pour quelque chose qui ne l’inquiète pas. Ce qui m’agace le plus au fond c’est que ces articles séparent encore une fois l’humanité en deux genres. Je connais pourtant des femmes bordéliques et des hommes hyper organisés. Et ce n’est pas une question de genre, c’est une question de nature, de connections neuronales, d’éducation, d’habitude, de programmation. Je remarque pourtant avec beaucoup de bonheur que les genres se multiplient, que les modèles familiaux se diversifient. Enfin les humains revendiquent leurs différences, acceptent de moins en moins de se faire mettre dans des petites boîtes et choisissent de plus en plus d’être ce qu’ils désirent être.

On a tous des corps et des cerveaux différents, des limites, des talents, des capacités impossibles à comparer. La normalité est un concept flou qui correspond au plus grand nombre (je crois plutôt que ça ne correspond à personne). On est si rapide à juger les autres alors que si notre passé, notre contexte de vie, nos capacités, notre éducation étaient les même, nous penserions et agirions probablement comme eux.  De toute façon, si vous avez vécu suffisamment longtemps vous avez certainement remarqué que les AUTRES correspondent rarement à nos attentes, n’est-ce pas ? Et c’est tellement mieux comme ça !

Quand les stratégies qui visent notre bien-être (planifier, voir à ce qu’il ne manque de rien, nettoyer, classer, réparer, voir venir, faire des listes) nous envahissent et nous mènent au bord de l’implosion, c’est que le remède s’est transformé en maladie et c’est l’heure d’une révision (slacker les listes, lâcher la perfection, respirer par le nez et faire quelques salutations au soleil). Refusez la charge mentale, arrêtez de penser à tout. Non, le monde ne va pas s’écrouler. Essayez, vous allez voir! Laissez les autres être ce qu’ils sont et travaillez sur vous… Ai-je droit à un temple? Ma solution n’est pas magique et elle implique une longue déprogrammation, mais elle fonctionne. Si c’est vous qui en faite trop, la solution n’est pas de reprocher aux autres de ne pas en faire assez !

Que ces articles aient mis des mots sur une réalité vécue par plusieurs, c’est bien. Mais j’espère que c’est juste le début d’une réflexion sur l’étrange habitude qu’ont les humains de toujours faire plus, penser plus, contrôler plus, consommer plus, juger plus jusqu’à l’épuisement.

Tous genres confondus

Petite réflexion sur l’identité de genre. La distinction entre le sexe et le genre n’est pas universelle. Dans le langage courant, le sexe et le genre sont souvent utilisés de façon interchangeable. Mais qu’est-ce que le genre ? Selon le Larousse : ensemble de traits communs à des êtres ou à des choses caractérisant et constituant un type, un groupe, un ensemble ; sorte ou espèce.

C’est humain, on tente toujours de ramener tout ce qui nous entoure à quelque chose de connu. « tu ressembles à telle… cette musique me fait penser à…ce film s’inspire de… genre ». Ah, tiens, ça me fait penser à une époque où tous les jeunes du Québec finissaient leurs phrases par… «genre». Kind of… On fait des groupes pour gagner du temps certes, pour se rassurer aussi, parce qu’on a toujours une petite crainte ou une insécurité devant l’inédit, le marginal, le non-conventionnel. J’aime les gens qui se connaissent suffisamment pour avoir l’audace de ne pas entrer dans une catégorie. Et à Montréal, Ô Joie, on peut observer ces personnes en très grand nombre.

Cette ville, où tout se côtoie est un territoire extraordinaire pour stimuler la passionnée d’identité que je suis. Le meilleur terrain étant, selon moi les transports en commun, j’avoue candidement que de circuler en métro fait partie de mes activités préférées et je confesse que je pratique l’espionnage social depuis environ 15 ans. ­Pas pour juger mon prochain, non, bien au contraire, je suis fascinée par tant de diversité de styles, de comportements, d’énergies et de genres d’humains. Aujourd’hui, on entend parler de “fluidité des genres”. Vous connaissez? vous la remarquez ?

Ces dernières années, ce qui me frappe le plus c’est le nombre de personnes dont il m’est difficilement possible de deviner le genre.? …Et j’adore. Je me retiens à chaque fois de leur faire un compliment. Qu’est-ce que je leur dirais?… bravo d’oser être différent? Allo matante!

Ceci dit, le discours «Les gars sont comme ceci et les filles sont comme cela» m’a toujours profondément agacé. J’ai détesté le livre «Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus» de John Gray et adoré «L’un est l’autre» d’Élizabeth Badinter. Le premier étant selon moi, une accumulation de lieux communs et de banalités et le deuxième, écrit il y a plus de 30 ans par une féministe française, théorise plutôt sur la ressemblance entre les sexes et prédit avec assez de justesse ce que je vois émerger en ce moment. Un assemblage des genres.

Bien sûr, dans le discours ambiant, il y a des mouvements qui dénoncent des restants de patriarcat. Et il en reste en masse. Mais justement, on dénonce des comportements qui n’ont plus leurs places. On dénonce l’abus de pouvoir, l’homophobie, la «bro culture» et même les comportements de mononcles. Aussi on se sent bien impuissant face au désolant spectacle de la violence envers les femmes qui prennent la parole sur les réseaux sociaux. C’est un peu pathétique… mais j’y vois surtout un cri de souffrance de la part de certains hommes qui n’arrivent plus à définir leur identité. Le pire serait de les museler. Une violence contenue fabrique de petites bombes à retardement alors qu’ils s’expriment! Au moins on peut les identifier et leur répondre, même si c’est parfois peine perdue.

Je soutiens que de nos jours, de ce côté-ci de la planète, il est plus difficile d’être un homme qu’une femme et en attendant que la majorité des hommes aient compris que leur vraie force est ailleurs que dans les rapports de force, je crois qu’on pourra encore compter quelques dérives. Toutefois je fais partie des optimistes. Ça va venir ! Pourquoi devrait-on être les uns contre les autres alors qu’on peut être ensemble?

Eux, «them» les «autres». C’est pas un peu dépassé tout ça? Une recherche menée à l’Université de Tel Aviv en 2015 a été la première à étudier les différences du cerveau selon le sexe. Elle conclue que les cerveaux des hommes et des femmes sont un méli-mélo imprévisible de caractéristiques féminines et masculines. Par contre – et contrairement à ce qu’on pensait jusqu’ici – l’étude démontre que même dans les régions du cerveau auxquelles on attribuait des différences basées sur le sexe, il existe plus de variabilité que d’uniformité.

Un sondage datant de la même année, affirme que la moitié des jeunes entre 18 et 34 ans croient que le genre s’inscrit dans un spectre. Cette idée va inévitablement bousculer beaucoup de domaines. Linguistiquement parlant, ce n’est déjà pas évident, mais qu’en est-il de la justice, du sport professionnel, de l’éducation et de la politique?

Parlons des formulaires maintenant. J’espère qu’un jour, on roulera des yeux juste en entendant le mot, comme si ça venait d’une autre époque. Esclavage, bureaucratie, télécopieur. Un formulaire c’est binaire et plein de certitudes : oui ou non, F ou M, adresse, mail… l’intention d’un formulaire est de vous classer, de vous mettre dans une case, de vous mettre dans un groupe pour vous traiter en plus grand nombre. La petite case F ou M, est-ce vraiment nécessaire ? On ne demande pas de cocher votre couleur de peau, votre groupe sanguin, votre position familiale, vos préférences sexuelles et alimentaires, et à part pour des fins statistique, on vous demande rarement votre âge, votre niveau salarial, votre occupation et votre statut marital. Tout ça est plus personnel qu’on ne le croit. Cocher F ou M, comme si c’était vrai ou faux et qu’aucune autre nuance était possible, c’est pas logique. Mais pour moi c’est pas plus logique de cocher LGBTQNB.

La force des identités assumées se retrouvent dans tous les petits détails qui font que les gens sont à la fois semblables et uniques.

J’ai débuté cet article il y a quelque temps et plusieurs discussions sont venues nourrir ma réflexion depuis. Je vais être grand-mère et ma fille est à la recherche d’un nom «non genré» pour son enfant. Cet article du Devoir a aussi été à l’origine de discussions animées avec des amis qui entendent parler de cette tendance pour la première fois et qui sont, ma foi, assez choqués… « Ben woyons donc! » « Non mais attend, y’a des limites »… Choqués comme l’ont été autre fois les blancs qui ont dus accepter de partager des lieux publics avec des gens de couleurs? Choqués comme certains hommes quand le droit de vote ont été accordés aux femmes ? Choqués comme quand le mariage gay a été autorisé ?

L’avenir nous le dira.

Dans mon temps…

 

Petite réflexion sur l’identité et les générations. À 30 ans, quelques mois après avoir mis ma fille au monde, je débutais un travail chez Bell. Ma nouvelle patronne m’accueillait en me disant que, pour l’instant je n’avais pas de contrat permanent mais « ne t’en fais pas ma chérie quand on entre chez Bell, il est bien rare qu’on en ressorte avant la retraite ». Quelle perspicacité Micheline (paix à son âme)!

Faisant parti des tout derniers soubresauts de la génération des baby-boomers, je n’en était pas à ma première surprise (ni ma dernière d’ailleurs) sur les vérités impermanentes concernant le monde.

D’ailleurs je crois que je verrai la fin du concept de génération. On va bientôt être à court de lettres et à force de raccourcir le cycle tellement les changements sont rapides, on va peut-être y aller directement par année. Je nous imagine facilement dire « tu es typique 2010 ». C’est peut-être pour cette raison que depuis 3 générations, les amis ont tellement plus d’influence que les parents. Trop dirons certains. Si ça vous intéresse, lisez l’excellent essai de Gordon Neufeld.

Le propre de l’adolescence, est d’être à la recherche de son identité. Se comparer et tenter d’imiter des gens qui sont eux même en quête de repères est donc assez hasardeux. La parabole des aveugles, vous connaissez? « Laissez-les, ce sont des aveugles qui guident des aveugles »… Le tableau de Bruegel? Toujours pas? Pffff… vous êtes décidément trop jeunes!

Éclatée, décomposée et recomposée, la famille est en pleine mutation. J’aime beaucoup l’idée que ça prend un village pour élever un enfant et un peu moins l’idée que ça prend Youtube et un psy…Toutefois je juge qu’être parent est devenu un sport extrême. On est vite largué, surtout si on s’enferme dans une rhétorique du genre « dans mon temps… ».

C’est perdu d’avance si on pense que la génération actuelle ne fait pas ce qu’elle devrait faire, que ses préoccupations sont futiles et néfastes. Il faut écouter, s’intéresser, saisir l’air du temps, ne pas se mettre la tête dans le sable, même quand on se sent dépassé. Ma fille m’a tellement ouvert les yeux sur des réalités que j’aurais pu rejeter du revers de la main du haut de mes certitudes. Mais ça va vite, j’entends les histoires de mes amis qui ont des adolescents et c’est encore autre chose. On veut que nos enfants soient heureux et on a pas beaucoup de contrôle quand ils sortent de la maison pour découvrir le monde. Il n’est pas figé ce monde, c’est vaste et ça fait peur. On a beau vouloir être lucide, il suffit de penser qu’on comprend un peu et au prochain clignement des yeux, on est déstabilisé de nouveau.

Mais la relation parent/enfant est une des seules qui soit inconditionnelle. Si notre enfant calcule sa valeur dans le regard de ses pairs, il est condamné à plaire ou subir le rejet et la manipulation. Pour qu’un enfant ait un ancrage solide, on doit nourrir cette relation afin qu’elle reste saine. On doit rester curieux et respectueux, pas juste apeuré. De toute les manières si un enfant sent que son parent a peur, il lui dira des choses pour le rassurer. « Tell me lies, tell me sweet little lies… »

Accepter le constant déséquilibre est la nouvelle façon d’être. Accepter de ne pas savoir, accepter d’être en apprentissage continu est la seule clé que j’ai trouvé. Un autre avantage étant que ça donne droit à l’erreur et aux ajustements. On est maintenant dans une ère d’échange et de collaboration et non plus dans une transmission à sens unique de patron/employé, maitre/disciple, parent/enfant. Fais-moi part de tes besoins, je te parlerai des miens et puisque la relation m’importe, ensemble on trouvera des solutions qui seront profitables pour tout le monde. Derrière chaque crise, il y a un besoin non comblé. Tout le monde devrait apprendre les bases enseignées par Marshall Rosenberg, parce qu’au jeu des rapports de force et des “Qui a raison?” tout le monde perd. Et ça c’est ma fille qui me l’a enseigné.

Dans les dernières années, j’ai trouvé plus de bon sens dans les idées et propos des jeunes que dans l’ensemble des conseils de tous mes vieux mentors réunis. Il m’est même arrivé de penser que l’expérience nuit. On a pas été cablé pour la souplesse et l’ouverture d’esprit, c’est à nous d’apprendre.

Hier j’écoutais une entrevue de Steven Pinker. Je vous partage une traduction libre de la phrase qui a nourri ma présente réflexion. L’humain n’aime pas le changement et depuis le moyen âge déjà, chaque génération pense que la prochaine est paresseuse et dégénérée. Malheureusement, aujourd’hui, on confond changement et détérioration… peut-être parce que le changement dans les nouvelles générations démontre la détérioration de nos propres compétences. Boum!