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Pleasantville

Il fût une époque ou tout le monde se devait d’afficher une image parfaitement heureuse. Une bien belle époque pour la publicité d’ailleurs. On devait correspondre à une image toute formatée pour bien paraître en société. Bien sûr, dans l’intimité, il en était tout autrement. Chacun vivait son lot de drames, de honte et de mal être bien à l’abri des regards, pensant parfois que l’image du bonheur était la norme et se trouvant d’autant plus malheureux de se sentir seul dans cet état.

Il était si facile de vivre dans le mensonge, de cultiver des secrets, de frauder, de manipuler, de garder des gens dans l’ignorance, de corrompre ou de diviser pour régner. Aujourd’hui avec la circulation des données, tout se sait, ou presque. Il est alors plus simple d’être ce qu’on est, dire ce qu’on pense et agir en adéquation avec notre identité.

Les temps ont changé, et continuent de changer. Dans ce coin ci du monde du moins. Les gens s’affirment, osent être marginaux, afficher leurs différences, dire ce qu’ils pensent. Il y a bien sûr encore des gens qui ont une image « publique » et une image « privée » bien différentes. Ça fait même l’objet de petits drames ou de grands scandales. Mais je crois sincèrement que de plus en plus de gens portent leur vraie identité. Les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. Au début d’Internet les gens n’utilisaient que des pseudos et plusieurs s’inventaient des personnages.

Évidemment me direz-vous, même avec leur vrai nom les gens ont tendance à exposer les parties de leur vie qui donnent envie. Et même d’en rajouter. C’est vrai, ça fait partie du paysage et de l’exploration de ces nouveaux médias. Toutefois, je continue de croire qu’à force d’être témoin d’une authenticité grandissante… on finit par s’influencer les uns les autres. Je ne parle pas ici des gens qui déballent tout sans aucun discernement. Je parle de ceux qui partagent, qui apportent leur voix, qui échangent et discutent de manière constructive. Qui se nourrissent mutuellement.

L’autre mérite d’avoir devant lui la vraie personne que vous êtes. Mérite aussi d’avoir accès à ce que vous pensez vraiment. Si vous l’en privez, c’est que vous considérez qu’il n’est pas apte à comprendre (manque de confiance en l’autre), ou que vous avez peur qu’il vous juge (manque de confiance en vous). L’authenticité relève pour moi d’un respect élémentaire. De plus, ça nous évite de perdre du temps avec des personnes qui font semblant d’être autre chose que ce qu’ils sont. Plus nous serons nombreux à le faire, plus simples seront les relations entre les humains.

Trouver sa voie

On a parfois l’impression que tout est lourd. Du lever au coucher on est oppressé, on a le contrôle sur rien, notre quotidien est fait d’une suite d’obligations dans lesquelles on n’éprouve aucun plaisir. Ou si peu. On a l’impression de devoir se battre pour chaque petit détail. On est fatigué. Je suis passée par là. J’ai eu beau avoir entendu maintes fois l’expression « On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie », je n’arrivais pas à me projeter de vivre le reste de mon existence dans cet état. Un jour particulièrement pénible, j’y ai vu le signe clair qu’il était temps de réévaluer mes priorités.

Il peut y avoir un tas de raisons de ne pas se sentir bien, un parent malade, un patron dictateur, un job monotone, un conjoint frustrant, des enfants ingrats, des ennuis financiers, une tonne de tâches ménagères, trop peu de reconnaissance et aucun temps pour soi.

La raison peut être que vous n’êtes pas qui vous aimeriez être? Devriez être?… mais en fait savez-vous qui vous êtes?

On passe une partie de sa vie à se conformer à ce qu’on attend de nous, on finit par prendre l’habitude de s’évaluer à travers les yeux des autres. C’est assez difficile de savoir au bout d’un moment, ce qu’on veut vraiment… Il faut d’abord en prendre conscience sinon on risque de perdre de belles années à tenter de trouver de petites solutions à chacun des symptômes qui nous oppressent sans nous occuper de la raison sous-jacente. Et c’est ce qui nous arrive tous quand on s’occupe de « l’urgent » plutôt que de « l’important ».

Il faut d’abord se connaître, savoir de quoi on est fait, apprendre à se regarder sans jugement et sans complaisance. Une image juste de soi est la base. On doit savoir ce qu’on vaut, sans forcément questionner l’autre. L’amour inconditionnel est assez rare. Soyons lucide, ce qui intéresse souvent ceux qui vous entourent c’est ce que vous pouvez leur apporter. Ils vous jugent donc avec ces critères et votre valeur varie selon leurs besoins… ou pire, leurs humeurs. C’est donc un faux départ. Plus on veut plaire, plus on devient l’instrument des autres. Plaisons-nous d’abord à nous-même, ce n’est pas de l’égoïsme, c’est de la pure logique.

Nous sommes en mesure de donner pleinement quand nous sommes bien, à l’aise, en équilibre. Quand nous sommes la personne que nous voulons être.

Comment savoir quand on y est? C’est à peu près l’inverse du malaise décrit au premier paragraphe. On se sent bien, les choses arrivent, on agit naturellement, on ne se bat plus, on sent qu’on a des racines et qu’on prend des forces. On fait davantage confiance à ce qu’on ressent, on est pas dévasté par la moindre mauvaise nouvelle, troublé par le temps qu’il fait dehors. On sent davantage qu’une chose, une aventure, un projet est fait pour nous ou pas.  On n’hésite plus à communiquer nos besoins, poser nos limites, calmement, avec conviction, avec fierté.

C’est l’exercice d’une vie. Mais à se fait un pas à la fois. Suffit de commencer.

L’identité québécoise

La semaine dernière, j’ai vu le documentaire ‘’l’Empreinte’’. C’est étrange que ce soit une amie Française qui m’ait mis sur la ‘’piste’’ (la tentation du jeu de mot était trop forte, je ressemble de plus en plus à mon père). Mon amie Sophie donc, qui habite le Québec depuis plus de 15 ans, m’a dit que ce documentaire était ce qui lui avait enfin permis de comprendre VRAIMENT l’identité québécoise. Bon, bon, bon… ma bonne dame me suis-je dit, même le Québécois ne connais pas vraiment le Québécois alors, je vais me garder un doute raisonnable. Évidemment Roy Dupuis et sa tête de coureur des bois représente l’archétype parfait du fantasme Français. J’imaginais déjà le trappeur se déplaçant en traîneau à chiens dans la nature sauvage vers sa cabane en bois rond.

Bref, ce fût ma première réaction. J’ai mis ça sur la « to do list » et j’ai pris presqu’un an avant de me décider à le visionner. J’avais tout de même l’intuition que j’y trouverais quelque chose de plus grand. Je connais trop bien Sophie pour savoir qu’elle en connais long sur la nature humaine et qu’il y a longtemps qu’elle a cassé ces clichés à grands coups de cuillère de bois dans le sirop d’érable.

Eh ben je n’ai pas été déçue. J’y ai moi-même appris beaucoup de choses sur les Québécois. D’ailleurs, je ne cesse d’apprendre sur ma propre culture en ce moment. Forcément tout ce qui touche à l’identité m’intéresse au plus haut point puisque je conçois des d’identités d’entreprises depuis plus de 20 ans.

Le Code Québec, paru l’automne dernier dégageait 7 traits identitaires : les Québécois seraient heureux, consensuels, détachés, victimes, villageois, créatifs et fiers. Je suis assez d’accord, mais pourquoi se cherche-t-on autant? Laissez-moi vous exposer ma petite théorie personelle de spécialiste en branding : je nous comparerais un peu à une startup. Créatifs, positifs et plein d’énergie, on explore, mais on cherche encore nos marques et on manque un peu d’habileté, de savoir faire et de confiance. J’ai souvent pensé qu’on était un peuple adolescent. On est super cool à certains moments puis en réaction violente le moment d’après. Extrêmement susceptible aussi. Chose certaine, nos frontières sont floues et mal définies alors on réagit en fonction de ce qui se présente. On est ouvert à tout mais on ferme la porte aussitôt qu’on ressent un malaise. Souvent sans comprendre pourquoi. Et surtout sans l’expliquer. L’analyse et le débat ne fait pas parti de l’équation, on carbure à l’intuition. Comme les frontières sont mal définies, mais que le territoire est grand, si on nous embête, on se pousse. Tout simplement. On dit que les Québécois sont issus d’une culture française, vivent dans une société anglaise avec un mode de vie américain. Soit. Mais moi, je ne me sens pas plus Française qu’Anglaise, et encore moins Américaine, j’ai beaucoup de mal à penser que je suis un amalgame de ces 3 cultures.

Le documentaire met en lumière nos profondes racines amérindiennes. C’est quelque chose qui a complètement été occulté dans notre histoire. Je ne vous dirai pas pourquoi ni comment, je préfèrerais de loin que vous ayez l’expérience que j’ai eu en visionnant le documentaire. Les différents intervenants l’expliquent parfaitement bien et on en ressort avec l’impression d’avoir trouvé la pièce du casse tête qui nous manquait. En fait non, plus encore. Ça rend conscient quelque chose que nous ressentions, sans toutefois pouvoir l’expliquer. Je parle pour moi mais je sais que plusieurs québécois seront émus en voyant le documentaire.

Du coup, ça m’a aidé à comprendre bien des choses. Notre accueil, notre gentillesse, notre malaise face au conflit, notre non compétitivité, notre amour du consensus, notre fort penchant pour la collaboration, notre horreur des prises de tête et des discussions qui n’apportent pas de solutions, notre désir d’aider, notre amour de la nature et notre besoin de liberté. Notre côté cool, simple, débrouillard, qui aime profiter de la vie et faire la fête. Ça explique aussi assez bien notre esprit de clocher et notre tendance à la victimisation.  J’ai toujours ressenti un malaise important dans notre relation avec les premières Nations. J’ai eu le désir de quitter en claquant la porte chaque fois que j’ai été témoin de remarques dénigrantes. Je comprend mieux maintenant.  Je préfère de loin penser que ce n’est pas en réaction aux 3 cultures mentionnées précédemment que nous avons développé ces caractéristiques, mais plutôt parce qu’elles font parti d’une culture profondément ancrée, mais ignorée. Tant que cette partie de l’histoire n’est pas intégré (même pas su en fait) et que la réconciliation n’a pas eu lieu il nous manque un ancrage important qui nous retiens dans l’adolescence.

Sachons toutefois que l’adolescence est une période importante de notre développement, on est un peu mal dans notre peau certes, on ne sait pas tout à fait qui on est et d’ou on vient. Il est alors parfaitement compréhensible qu’on ne sache pas ce qu’on veut. Toutefois on sait précisément ce qu’on ne veut pas. Entre autre, se faire mettre des étiquettes qui ne nous conviennent pas, qui nous réduisent. C’est déjà un bon indicateur et tout doucement, les choses se mettent en place. Une prise de conscience pourrait transformer le malaise en fierté et j’ai l’intuition que la maturité est plus près qu’on ne le croit.

Pour vous donner envie de voir le documentaire, cette entrevue est ‘’plus sexy’’ que la bande annonce :

Entrevue de Roy Dupuis à Tout le monde en parle

Se réinventer

Un nouveau pays, de nouveaux défis, un nouveau projet, un deuil, une perte d’emploi, une dépression, un accident, une maladie, un échec amoureux, sont autant d’occasions de se requestionner sur ce qu’on veut vraiment.

Pourquoi ne pas faire l’exercice consciemment plutôt que de se laisser porter au hasard des événements et des trop nombreuses exigences de la vie moderne.

Les moments où on perd ses repères sont parfois inquiétants. Un changement de rythme peut provoquer l’insécurité. Pourtant, la possibilité de suspendre le temps pour se permettre d’avoir un regard différent sur soi et sur sa vie est une chance dont on devrait profiter. Délaisser pour un moment l’effervescence du tourbillon incessant dans lequel la vie actuelle nous entraîne est une réelle opportunité et on devrait s’en réjouir.

Parfois on ne se reconnais plus, mais se connaît-on vraiment? Autrement que par nos attributs extérieurs, notre position sociale ou encore l’écho du regard que les autres posent sur nous? Et si on faisait un pas de côté pour prendre une distance, regarder, constater. Cesser de s’agiter dans tous les sens. Arrêter nos quêtes de perfection et nos insécurités. Enlever ce qui est superflu au lieu d’ajouter ce dont on croit manquer. Si vous trouviez en vous le cœur de ce qui vous motive, seriez-vous tenté de construire votre vie autour de ce pivot?

Je travaille sur le positionnement et l’identité des entreprises, notamment des start-up qui inventent des modèles nouveaux et disruptifs. Parallèlement, je m’implique dans une association d’aide à l’intégration des nouveaux arrivants  (Ainaf) et je rencontre beaucoup d’immigrants francophones qui veulent s’installer à Montréal et réinventer leur vie. La réflexion sur l’identité est donc au coeur de ma vie. Toutefois l’élément déclencheur de cet article est le visionnement d’un excellent documentaire en trois parties (French PQ, de Mathieu Lalancette). que vous pouvez visionner gratuitement et qui porte à réfléchir sur la culture et les perceptions. Bien sûr les Français et les Québécois sont différents. Avions-nous remarqué?  Côtoyer des gens de cultures différentes, nous apprend énormément sur nous même. La culture nous influence à notre insu. On prend tellement de choses pour acquis. Mais notre identité personnelle dépasse ces clichés. Nous sommes davantage un mélange de nos gènes et de nos expériences qu’un produit de notre culture. On a été modelé par ce qu’on a vécu et ce qui nous entoure. Nos valeurs propres, nos rêves, nos talents, nos forces et nos désirs sont beaucoup plus porteurs que les modèles et les codes que la société propose, pour ne pas dire… impose.

Je remarque une similitude entre les démarches qu’il faut faire pour positionner une entreprise et se positionner au niveau personnel. Notre identité est unique, même si nous appartenons à différents groupes et que nous nous laissons inspirer par différents modèles. On a le choix de copier un modèle existant en tentant de l’améliorer, ou inventer de toute pièce à partir de ce qui fait notre différence. Mais, tout comme les start-up, il faut accepter les pivots, faire des expériences et s’ajuster. Quand on a des idées toutes faites et rigides sur ce que les choses devraient être, on arrête d’observer et d’être à l’écoute. Un changement de vie réussi arrive souvent quand on accepte que la réalité dépassent l’idée qu’on s’en faisait.

Designer sa vie c’est possible et ça s’apprend. Il est possible de travailler à sa propre identité, pas pour la modeler, mais pour la mettre en valeur, l’afficher, faire en sorte de projeter ce qu’on est vraiment. Le branding personnel a trop longtemps été vu comme un leurre. On a toujours en tête, les hommes politiques qui se font conseiller par de ‘’faiseurs d’images’’ sur leur coiffure et la couleur de leur cravate afin de plaire au plus grand nombre. Un peu plus évolué, le branding personnel dont on entend parler en ce moment est surtout lié aux ambitions professionnelles et à l’entrepreneuriat. Mais c’est beaucoup moins superficiel que ce que l’on croit. Nous communiquons tellement de choses sans même avoir prononcé un mot. Notre corps est notre interface, nos attitudes, notre image, notre voix, notre odeur, notre gestuelle donnent tellement d’indices sur ce que nous sommes. Le vrai branding personnel selon moi consiste à assumer et faire rayonner sa réelle identité. Se réinventer, peut-être pas, mais se réenligner sur soi. Pourquoi ne pas chercher à plaire à la personne la plus importante de votre vie. Avant tout. Tout le reste suivra.

Beauté vs style

La beauté est un cadeau du ciel, réparti très injustement. Comme la santé, le talent ou l’intelligence d’ailleurs. Que peut-on y faire? Peut-être apprendre à faire le mieux qu’on peut avec ce qu’on a reçu? La beauté est un cadeau, mais le style est un art et comme tout art, rien de mieux que la pratique pour le raffiner.

En regardant quelques saisons de « What not to wear » (plaisir coupable) j’ai eu une révélation. Les sujets choisis pour vivre (non pas une métamorphose, mais) une leçon de style, n’étaient vraiment pas tous avantagés par la nature.

À chaque nouvelle émission, je me demandais « mais qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire avec celle là? » Quoi qu’il en soit, la magie opérait toutes les semaines. Je ne parle pas ici de chirurgies, de corrections orthodontiques et de transformations extrêmes. Juste de tirer le maximum de ce que nous a donné la nature. Les femmes choisies apprennent à regarder leur corps, comprendre ce qui les avantage en terme de style, de coupes, de couleurs, à investir sur leurs atouts et minimiser l’emphase sur leurs défauts. C’est vraiment quelque chose qui est à la portée de tous. L’assurance d’être au meilleur de soi rend nécessairement les gens plus beaux. S’en suit un cercle vertueux. Meilleure confiance parce qu’elles ont une meilleure perception d’elles même, meilleure image grâce à cette confiance.

Je donne cet exemple, mais il en va tout autant des hommes, et pas que pour l’aspect vestimentaire. J’aurais pu aborder ce sujet en parlant de posture, de démarche, de parfum, de pause de voix, de façon de s’exprimer…

Étant une spécialiste du branding corporatif, je sais à quel point un projet, une entreprise, une idée, a tout avantage à être présentée d’une manière cohérente et exprimer le mieux possible en quelques secondes, ce qu’elle est réellement. Il en va de même pour les humains. Notre corps, notre image, ce qu’on donne à voir, à entendre, à ressentir, est l’interface avec laquelle nous communiquons avec les autres. Pourquoi devrions-nous tenter de nous transformer pour ressembler à un modèle idéalisé? Pourquoi devrions-nous souffrir de notre âge, d’un handicap ou tout simplement d’être différent?

On peut rayonner à tout âge (la magnifique Linda Rodin, illustre à merveille cette affirmation), à n’importe quel poids, avec une infinie possibilité de formes et de couleurs. Nous ne sommes pas des produits. Un Big Mac doit être identique à travers le monde, ce n’est pas notre cas. C’est notre différence qui nous rend unique, on devrait s’appliquer à la faire rayonner.

What not to wear
Linda Rodin
Mon tableau « prendre de l’âge avec style » sur Pinterest