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Petite réflexion sur l’identité et les générations. À 30 ans, quelques mois après avoir mis ma fille au monde, je débutais un travail chez Bell. Ma nouvelle patronne m’accueillait en me disant que, pour l’instant je n’avais pas de contrat permanent mais « ne t’en fais pas ma chérie quand on entre chez Bell, il est bien rare qu’on en ressorte avant la retraite ». Quelle perspicacité Micheline (paix à son âme)!

Faisant parti des tout derniers soubresauts de la génération des baby-boomers, je n’en était pas à ma première surprise (ni ma dernière d’ailleurs) sur les vérités impermanentes concernant le monde.

D’ailleurs je crois que je verrai la fin du concept de génération. On va bientôt être à court de lettres et à force de raccourcir le cycle tellement les changements sont rapides, on va peut-être y aller directement par année. Je nous imagine facilement dire « tu es typique 2010 ». C’est peut-être pour cette raison que depuis 3 générations, les amis ont tellement plus d’influence que les parents. Trop dirons certains. Si ça vous intéresse, lisez l’excellent essai de Gordon Neufeld.

Le propre de l’adolescence, est d’être à la recherche de son identité. Se comparer et tenter d’imiter des gens qui sont eux même en quête de repères est donc assez hasardeux. La parabole des aveugles, vous connaissez? « Laissez-les, ce sont des aveugles qui guident des aveugles »… Le tableau de Bruegel? Toujours pas? Pffff… vous êtes décidément trop jeunes!

Éclatée, décomposée et recomposée, la famille est en pleine mutation. J’aime beaucoup l’idée que ça prend un village pour élever un enfant et un peu moins l’idée que ça prend Youtube et un psy…Toutefois je juge qu’être parent est devenu un sport extrême. On est vite largué, surtout si on s’enferme dans une rhétorique du genre « dans mon temps… ».

C’est perdu d’avance si on pense que la génération actuelle ne fait pas ce qu’elle devrait faire, que ses préoccupations sont futiles et néfastes. Il faut écouter, s’intéresser, saisir l’air du temps, ne pas se mettre la tête dans le sable, même quand on se sent dépassé. Ma fille m’a tellement ouvert les yeux sur des réalités que j’aurais pu rejeter du revers de la main du haut de mes certitudes. Mais ça va vite, j’entends les histoires de mes amis qui ont des adolescents et c’est encore autre chose. On veut que nos enfants soient heureux et on a pas beaucoup de contrôle quand ils sortent de la maison pour découvrir le monde. Il n’est pas figé ce monde, c’est vaste et ça fait peur. On a beau vouloir être lucide, il suffit de penser qu’on comprend un peu et au prochain clignement des yeux, on est déstabilisé de nouveau.

Mais la relation parent/enfant est une des seules qui soit inconditionnelle. Si notre enfant calcule sa valeur dans le regard de ses pairs, il est condamné à plaire ou subir le rejet et la manipulation. Pour qu’un enfant ait un ancrage solide, on doit nourrir cette relation afin qu’elle reste saine. On doit rester curieux et respectueux, pas juste apeuré. De toute les manières si un enfant sent que son parent a peur, il lui dira des choses pour le rassurer. « Tell me lies, tell me sweet little lies… »

Accepter le constant déséquilibre est la nouvelle façon d’être. Accepter de ne pas savoir, accepter d’être en apprentissage continu est la seule clé que j’ai trouvé. Un autre avantage étant que ça donne droit à l’erreur et aux ajustements. On est maintenant dans une ère d’échange et de collaboration et non plus dans une transmission à sens unique de patron/employé, maitre/disciple, parent/enfant. Fais-moi part de tes besoins, je te parlerai des miens et puisque la relation m’importe, ensemble on trouvera des solutions qui seront profitables pour tout le monde. Derrière chaque crise, il y a un besoin non comblé. Tout le monde devrait apprendre les bases enseignées par Marshall Rosenberg, parce qu’au jeu des rapports de force et des “Qui a raison?” tout le monde perd. Et ça c’est ma fille qui me l’a enseigné.

Dans les dernières années, j’ai trouvé plus de bon sens dans les idées et propos des jeunes que dans l’ensemble des conseils de tous mes vieux mentors réunis. Il m’est même arrivé de penser que l’expérience nuit. On a pas été cablé pour la souplesse et l’ouverture d’esprit, c’est à nous d’apprendre.

Hier j’écoutais une entrevue de Steven Pinker. Je vous partage une traduction libre de la phrase qui a nourri ma présente réflexion. L’humain n’aime pas le changement et depuis le moyen âge déjà, chaque génération pense que la prochaine est paresseuse et dégénérée. Malheureusement, aujourd’hui, on confond changement et détérioration… peut-être parce que le changement dans les nouvelles générations démontre la détérioration de nos propres compétences. Boum!