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Je discutais récemment avec une femme d’affaires qui a reçu son diplôme d’ingénieur(e) alors que cette profession ne comptait que des hommes. Elle me parlait de sa carrière, du personnage intransigeant qu’elle avait dû se fabriquer pour gravir les échelons, des employés qui avaient peur d’elle… surtout lorsqu’elle portait sa « veste rouge ». Elle m’a aussi parlé de son long processus de transformation pour retrouver sa vraie nature (féminine) au travail.

Le même parcours doit exister dans les carrières politiques on n’importe quel milieu historiquement masculin.

Même dans le monde des communications je me suis trop souvent fait dire que je n’étais pas assez dure, que je n’arriverais à rien avec ma douceur et ma diplomatie. On m’a mise en garde contre les collaborateurs, les clients et les employés qui abuseraient forcément de ma gentillesse. On m’a conseillé d’apprendre à exiger plutôt que de demander, et d’en dire le moins possible à mon équipe de peur qu’ils se servent de ces informations contre moi ou l’entreprise. De toute les façons, c’est une perte de temps de leur expliquer le contexte des demandes, ils ne comprennent pas les enjeux. En fait on m’a sans cesse répété que l’entrepreneuriat, le vrai, comportait nécessairement son lot de rapports de force.

J’ai toujours été un bon second et ça me convenait. J’étais le bras droit, la personne de confiance, celle qui est loyale, qui a un bon jugement et à qui on demande son avis avant de prendre des décisions importantes. Toutefois quand j’affirmais un désaccord à propos de certaines décisions qui me paraissaient injustes et que je tentais de débattre mon point, on me regardait droit dans les yeux en me disant que c’était la raison pour laquelle je resterais toujours seconde. Et vlan… dans les dents.

Loin de moi l’idée de rejeter en bloc tout ce que j’ai appris auprès de mes patrons ou associés qui entretenaient ces croyances. Ces expériences sont précieuses. Ces personnes ont réussi par la force, en manipulant ou en mettant leur poing sur la table, en étant plus rusés, plus rapide et plus forts que leurs concurrents. Bravo. Mais ce n’est pas ainsi que je compte réussir. Je préfère collaborer, co-créer, énergiser, soutenir, expliquer, partager. Trouver des solutions gagnant/gagnant, m’amuser et devenir une puissante inspiratrice.

Les temps changent et je vois le monde du travail se transformer. Les collaborateurs peuvent être des alliés et les concurrents peuvent devenir des partenaires. J’ai toujours préféré les relations vraies aux rapports de forces. J’ai été déçue parfois, mais pas aussi souvent qu’on pourrait le croire. Et puis maintenant que je ne suis plus second, je peux décider de faire affaire avec des gens qui pensent comme moi que ces façons de faire et de penser sont… archaïques.

Je n’ai jamais rêvé d’être entrepreneure, je le suis devenue par accident et j’ai appris. J’apprends encore. Contrairement à ce qu’on nous a longtemps laissé croire, ce n’est pas inné et oui, ça s’apprend. Par ailleurs on devrait le dire plus souvent pour encourager l’entrepreneuriat. J’aurais pu rester avec l’idée que je n’ai pas les qualités nécessaires pour être entrepreneur. Je sais maintenant qu’on peut réussir autrement.