Select Page

Dans à peu près tous les domaines maintenant, nos métiers ont terriblement changé. Il a fallu s’adapter à de nouveaux logiciels, se former, changer nos processus, découvrir et apprendre à travailler avec Internet. Le changement s’est accéléré au cours des 10 dernières années, les métiers se sont divisés en plusieurs sous-métiers puisqu’il est maintenant difficile de se tenir à jour des différentes facettes d’une spécialité, d’être continuellement en train d’apprendre et s’habituer à la modestie. Avouer même qu’en tant que spécialiste, on ne peut pas tout savoir. Les jeunes font ça très bien. On leur demande si quelque chose est possible, ils te répondent : peut-être, je vérifie et je te reviens. Quand ce problème sera-t-il réglé? Je ne sais pas, je fais des tests et je te tiens au courant.

Impossible de donner ce type de réponse à un client dans mon temps (sic). Et je me rappelle encore de la tête hallucinée de mon patron quand, en réunion avec un client, le responsable Web a avoué ne pas connaître encore très bien « Sharepoint » et ses possibilités. Le pauvre développeur n’a pas fait long feu. Il s’est fait dire « ne jamais, jamais, jamais dire « je ne sais pas » devant un client. Dans le pire des cas, tu fais semblant! Trouvez-moi quelqu’un qui se tient à jour non de Dieu! » Je crois qu’il cherche encore!

Certains ont réussi à tenir le cap, d’autres ont survécu péniblement jusqu’à la retraite. J’ai vu beaucoup d’amertume chez les « résistants ». En fait, pensons-y, le cursus normal d’un travailleur d’il y a 50 ans était assez linéaire. La majorité connaissaient au plus 2 ou 3 changements de carrière au cours de leur vie et c’était quasiment perçu comme de l’instabilité. Formation, intégration dans une entreprise, promotion pour certains doués et/ou ambitieux et rythme de croisière de plus en plus confortable pour d’autres. Avec l’expérience, tout devient plus facile et rapide (parfois ennuyeux, mais les hobbys c’est fait pour ça). Puis arrive la transmission des savoirs aux plus jeunes. C’est valorisant, on se sent utile et on prend la route de la retraite bien méritée avec le sentiment du devoir accompli.

Que se passe-t-il depuis 5 ans, probablement depuis plus longtemps mais je suis parfois longue à échafauder des hypothèses sur mes observations. C’est tout l’univers du travail mais surtout notre façon de voir qui a changé. Du malaise à gérer le changement et être constamment en apprentissage, nait (pour certains) une vraie curiosité et un appétit pour apprendre. Les frontières entre le travail et les loisirs sont de plus en plus floues. Certains s’en désolent. Si le travail envahit le reste de la vie, c’est assez gênant en effet. Mais s’il nourrit, stimule et fait de nous une personne plus vivante c’est assez réjouissant.

De là l’idée de faire des choix qui vous allument au plus haut point. Dans tous les domaines la recherche est possible. Quelque chose vous intéresse, toute l’information est sur le Web, vous pouvez apprendre tout ce que vous voulez.

La plupart des jeunes qui sont aux études en ce moment, occuperont des emplois qui n’existent pas encore. Est-ce qu’ils sortiront de l’école, imprimeront leurs CV et chercheront une entreprise à intégrer? Peut-être pas. Avec l’intelligence artificielle, les entreprises peuvent de plus en plus cibler le type d’individu qui correspond à leur culture. Car il s’agit bien de culture maintenant, les entreprisent vont parfois elles-même, comme les individus, changer leur produit, leur service et leur mission au cours du temps. Tout s’apprend et il est inutile d’accumuler des savoirs faire qui vous seront inutiles. Savoir être me semble un bien meilleur investissement. Bien sûr il est bon et même nécessaire d’avoir une culture générale et de savoir où notre petite personne s’inscrit dans l’histoire du monde. Il est aussi utile d’apprendre à apprendre. Mais les entreprises du futur ne chercheront plus quelqu’un qui a une formation ou une expérience X ou Y bien définie, mais des talents, des gens ayant des cerveaux conçus pour solutionner des problèmes, pour susciter l’enthousiasme, pour collaborer, pour faire des liens et amener un éclairage différent.

Je ne sais pas si cette hypothèse vous réjouit ou vous fait peur? Moi, ça ne cesse de m’inspirer!