Select Page

Petite réflexion sur l’identité de genre. La distinction entre le sexe et le genre n’est pas universelle. Dans le langage courant, le sexe et le genre sont souvent utilisés de façon interchangeable. Mais qu’est-ce que le genre ? Selon le Larousse : ensemble de traits communs à des êtres ou à des choses caractérisant et constituant un type, un groupe, un ensemble ; sorte ou espèce.

C’est humain, on tente toujours de ramener tout ce qui nous entoure à quelque chose de connu. « tu ressembles à telle… cette musique me fait penser à…ce film s’inspire de… genre ». Ah, tiens, ça me fait penser à une époque où tous les jeunes du Québec finissaient leurs phrases par… «genre». Kind of… On fait des groupes pour gagner du temps certes, pour se rassurer aussi, parce qu’on a toujours une petite crainte ou une insécurité devant l’inédit, le marginal, le non-conventionnel. J’aime les gens qui se connaissent suffisamment pour avoir l’audace de ne pas entrer dans une catégorie. Et à Montréal, Ô Joie, on peut observer ces personnes en très grand nombre.

Cette ville, où tout se côtoie est un territoire extraordinaire pour stimuler la passionnée d’identité que je suis. Le meilleur terrain étant, selon moi les transports en commun, j’avoue candidement que de circuler en métro fait partie de mes activités préférées et je confesse que je pratique l’espionnage social depuis environ 15 ans. ­Pas pour juger mon prochain, non, bien au contraire, je suis fascinée par tant de diversité de styles, de comportements, d’énergies et de genres d’humains. Aujourd’hui, on entend parler de “fluidité des genres”. Vous connaissez? vous la remarquez ?

Ces dernières années, ce qui me frappe le plus c’est le nombre de personnes dont il m’est difficilement possible de deviner le genre.? …Et j’adore. Je me retiens à chaque fois de leur faire un compliment. Qu’est-ce que je leur dirais?… bravo d’oser être différent? Allo matante!

Ceci dit, le discours «Les gars sont comme ceci et les filles sont comme cela» m’a toujours profondément agacé. J’ai détesté le livre «Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus» de John Gray et adoré «L’un est l’autre» d’Élizabeth Badinter. Le premier étant selon moi, une accumulation de lieux communs et de banalités et le deuxième, écrit il y a plus de 30 ans par une féministe française, théorise plutôt sur la ressemblance entre les sexes et prédit avec assez de justesse ce que je vois émerger en ce moment. Un assemblage des genres.

Bien sûr, dans le discours ambiant, il y a des mouvements qui dénoncent des restants de patriarcat. Et il en reste en masse. Mais justement, on dénonce des comportements qui n’ont plus leurs places. On dénonce l’abus de pouvoir, l’homophobie, la «bro culture» et même les comportements de mononcles. Aussi on se sent bien impuissant face au désolant spectacle de la violence envers les femmes qui prennent la parole sur les réseaux sociaux. C’est un peu pathétique… mais j’y vois surtout un cri de souffrance de la part de certains hommes qui n’arrivent plus à définir leur identité. Le pire serait de les museler. Une violence contenue fabrique de petites bombes à retardement alors qu’ils s’expriment! Au moins on peut les identifier et leur répondre, même si c’est parfois peine perdue.

Je soutiens que de nos jours, de ce côté-ci de la planète, il est plus difficile d’être un homme qu’une femme et en attendant que la majorité des hommes aient compris que leur vraie force est ailleurs que dans les rapports de force, je crois qu’on pourra encore compter quelques dérives. Toutefois je fais partie des optimistes. Ça va venir ! Pourquoi devrait-on être les uns contre les autres alors qu’on peut être ensemble?

Eux, «them» les «autres». C’est pas un peu dépassé tout ça? Une recherche menée à l’Université de Tel Aviv en 2015 a été la première à étudier les différences du cerveau selon le sexe. Elle conclue que les cerveaux des hommes et des femmes sont un méli-mélo imprévisible de caractéristiques féminines et masculines. Par contre – et contrairement à ce qu’on pensait jusqu’ici – l’étude démontre que même dans les régions du cerveau auxquelles on attribuait des différences basées sur le sexe, il existe plus de variabilité que d’uniformité.

Un sondage datant de la même année, affirme que la moitié des jeunes entre 18 et 34 ans croient que le genre s’inscrit dans un spectre. Cette idée va inévitablement bousculer beaucoup de domaines. Linguistiquement parlant, ce n’est déjà pas évident, mais qu’en est-il de la justice, du sport professionnel, de l’éducation et de la politique?

Parlons des formulaires maintenant. J’espère qu’un jour, on roulera des yeux juste en entendant le mot, comme si ça venait d’une autre époque. Esclavage, bureaucratie, télécopieur. Un formulaire c’est binaire et plein de certitudes : oui ou non, F ou M, adresse, mail… l’intention d’un formulaire est de vous classer, de vous mettre dans une case, de vous mettre dans un groupe pour vous traiter en plus grand nombre. La petite case F ou M, est-ce vraiment nécessaire ? On ne demande pas de cocher votre couleur de peau, votre groupe sanguin, votre position familiale, vos préférences sexuelles et alimentaires, et à part pour des fins statistique, on vous demande rarement votre âge, votre niveau salarial, votre occupation et votre statut marital. Tout ça est plus personnel qu’on ne le croit. Cocher F ou M, comme si c’était vrai ou faux et qu’aucune autre nuance était possible, c’est pas logique. Mais pour moi c’est pas plus logique de cocher LGBTQNB.

La force des identités assumées se retrouvent dans tous les petits détails qui font que les gens sont à la fois semblables et uniques.

J’ai débuté cet article il y a quelque temps et plusieurs discussions sont venues nourrir ma réflexion depuis. Je vais être grand-mère et ma fille est à la recherche d’un nom «non genré» pour son enfant. Cet article du Devoir a aussi été à l’origine de discussions animées avec des amis qui entendent parler de cette tendance pour la première fois et qui sont, ma foi, assez choqués… « Ben woyons donc! » « Non mais attend, y’a des limites »… Choqués comme l’ont été autre fois les blancs qui ont dus accepter de partager des lieux publics avec des gens de couleurs? Choqués comme certains hommes quand le droit de vote ont été accordés aux femmes ? Choqués comme quand le mariage gay a été autorisé ?

L’avenir nous le dira.