Select Page

Depuis qu’on est tout petit on se fait comparer. Précoce ou pas. Beau ou pas… Bébé qui fait ses nuits. Cette semaine j’ai même réentendu l’expression « bon bébé » et j’en suis restée bouche bée ! Mais on le dit n’est-ce pas ? Puis ensuite vient l’école, le temple des comparaisons, on y apprend même à s’auto comparer et à se trouver plus ou moins bon selon des concepts dictés par l’autorité responsable. L’autorité ayant elle-même ses propres critères subjectifs. Bref on se construit ainsi et parfois on a la chance de tomber sur une activité ou une personne qui nous donne confiance. Comme la vie n’a pas la prétention d’être juste, certains vont de malchance en malchance parce qu’ils commencent leur vie en expérimentant pas « l’amour inconditionnel ». D’autres, guidés par leurs réussites arrivent à certains succès. Mais qu’est-ce que le succès ?

Concept flou. Pouvons-nous le définir par ses signes extérieurs ? Comme on a l’habitude de comparer, je suppose que c’est de cette manière qu’on procède pour la définition aussi. On a peut-être la tentation de vouloir ressembler à… posséder cette marque de… occuper un poste de… fréquenter cet endroit… Séduire ce genre de… Entrer dans une compétition de « plus mieux » sans fin, puisqu’on se compare toujours à « plus mieux »… Déjà entendu « Il a acheté une Mercedes, mais c’est le petit modèle ». Je tairai mes sources.

La société accorde plus da valeurs à certaines caractéristiques. Force, beauté, jeunesse, productivité, richesses, popularité, pouvoir… Que se passe-il si au lieu de se comparer on observe nos signes intérieurs. On n’a peut-être pas les « talents tant convoités » mais on en a d’autres, peut-être même plus rares. Des combinaisons de talents qui nous rendent unique. Que se passe-il si on s’y intéresse ? Moi par exemple, j’ai passé une grande partie de ma vie à vouloir devenir efficace, à admirer les gens qui réagissent admirablement dans des contextes d’urgence. Mais je suis une catastrophe, je ne survivrais jamais à une guerre ! Vous dire à quel point j’ai été misérable dans un poste de chargée de projets, où le simple fait de s’accorder une pause lunch mettait en péril un livrable.

On passe une partie de sa vie à tenter de prouver qu’on peut tenir le coup dans des situations qui ne nous conviennent pas. Puis un jour on se dit qu’il vaudrait peut-être la peine de s’intéresser à la petite émotion qu’on ressent quand on s’embarque dans une galère. Le truc qu’on tente de faire taire quand on serre la main de quelqu’un qui nous semble un tout petit peu louche. Tout petit petit… tellement subtil qu’on se dit que c’est probablement nous au fond qui projetons. Hum ? Avez-vous une impression de déjà ressenti ?

Je suis de celles qui croient que le corps est plus intelligent que la tête dans ces moments-là. La mini décharge électrique dont on se rappelle deux ans plus tard. Je pense que notre corps doit rouler des yeux en disant « te l’avait dit ! ». Quand on se sent mal, on devrait quand même prendre le temps de se questionner. Bien sûr notre éducation nous a appris à persévérer, notre culture religieuse à « endurer » et toutes les fois où nous avons ignoré les signaux est venu à bout de faire en sorte qu’on ne les ressente même plus.

Le succès se mesure de l’intérieur. On se sent bien et ça se ressent. On en est le premier bénéficiaire, mais les autres le ressentent aussi. J’ai connu l’époque où être différent était louche. Il fallait sauver les apparences. Maintenant on a le luxe de vivre dans un monde où on peut être un peu plus soi-même, et je pense que c’est une tendance qui va s’accentuer. Il faut se déprogrammer et apprendre à se construire sur ses propres forces au lieu de se faire violence. Jamais j’aurais pu penser qu’un jour je serais fière de le dire : je suis lente. En fait, je commence même à en être fière. Je suis une contemplative. En temps de guerre, peut-être je ne survivrais pas, je regarderais tomber les bombes la bouche ouverte (c’est bien fait la vie, à ce jour, ici, ça se passe bien). Toutefois je me suis empressée d’effectuer un « shotgun » sur le meilleur candidat pour la survie en forêt. He’s mine, en cas de catastrophe je le suivrai partout promis.

Si on tente de mesurer le bonheur ou le succès par ses signes extérieurs, on se compare et on fait fausse route. Personne n’est comparable à personne et se conformer sauve peut-être les apparences mais ne conduit pas bien loin. D’où nous vient cette vieille habitude de compétition, de rapport de force, ce besoin de vaincre et de convaincre ? Nous ne sommes pas en compétition nous sommes en collaboration et c’est pour cette raison que nous devons côtoyer des gens qui sont différents de ce que nous sommes, même si c’est parfois plus difficile. La prochaine fois que vous serez tenté par la comparaison sachez que rien de ce que vous voyez à l’extérieur ne vaut plus que ce que vous êtes vraiment. Y’a pas photo !